photo Jean-Marie Winants

En 2016, cela fera 25 ans que Jacques Fettweis nous a quittés. Il est resté présent dans la mémoire des musiciens « folks » d’aujourd’hui car dans les années septante, il fut un des pionniers du renouveau de la musique traditionnelle. Dans son atelier à Tiège, Jacques Fettweis a recréé des instruments de musique disparus de notre région comme la vielle à roue et l’épinette. Ces instruments étaient utilisés par les ménétriers, musiciens circulant de village en village pour animer les fêtes. Avec le groupe musical les « Zunants Plankets », durant presque 20 ans, il fait revivre les airs traditionnels de Wallonie. Les « Plankets » étaient les compagnons de travail de l’industrie lainière, et « zuner » signifie bourdonner, comme la vielle et la cornemuse.

Jacques Fettweis voit le jour le 24 avril 1926. Ses parents possèdent une teinturerie de laine à Verviers. Jeune, il pratique le scoutisme et s’y investit comme chef de troupe.  C’est dans l’usine de ses parents qu’il commence à travailler. Rapidement il aspire à un autre mode de vie et se tourne vers le travail du bois.

IMG_8583Fin des années 60, il ouvre avec son épouse Lisy un magasin dans une ancienne ferme à Tiège où ils se sont installés. Il y vend des meubles, des jouets, des objets décoratifs ainsi que des statues qu’il confectionne dans son atelier. Ses statues sont inspirées de la tradition populaire et de l’iconographie religieuse. Sujet qui le passionne et sur lequel il se documente avec intérêt. La plupart de ses statues sont polychromes afin de renouer avec une tradition perdue.

Il travaille avec le Musée en Piconrue à Bastogne consacré aux légendes, à l’art religieux et aux croyances populaires d’Ardenne et de Luxembourg. Il travaille à l’ancienne pour le musée et réalise des copies de statues retirées des églises et conservées par le musée afin de les remplacer dans leur lieu d’origine.

Dans le domaine de la musique, Jacques Fettweis est un touche à tout. Tout a commencé par un harmonica reçu lors de la Saint-Nicolas. Il s’est ensuite exercé sur le piano de sa mère. Il a appris quelques accords de guitare. Il a également appris le biniou lors d’un voyage en Bretagne. Mais son instrument de prédilection est la vielle à roue. C’est un instrument d’origine médiévale à cordes frottées. Le son est produit par une roue qui en tournant frotte les cordes à la manière d’un violon. Un clavier permet  de modifier la hauteur des notes.

VielleLivreJFettweisIl joue avec une vielle-boule originaire du centre de la France. Lors d’un stage de musique populaire, il apprend qu’il existe une vielle plus typique de l’est de la Belgique, la « tièsse di dj’va » (tête de cheval). Elle est nommée ainsi à cause de la forme carrée de sa tête. Fin des années 60, début des années 70, avec Roger Caro et Rémy Dubois, ils font des recherches afin de reconstruire une vielle typique de nos contrées. Par l’intermédiaire de René Hausman, ils repèrent à Verviers une vielle à roue ancienne conservée depuis plus d’un siècle et demi par la famille Solheid originaire des Cantons de l’est. C’est de cet instrument récemment daté de 1680 et aujourd’hui conservé au musée des Instruments de musique de Bruxelles (MIM) que s’inspire Jacques Fettweis pour concevoir son modèle de vielle « ardennais ». Modèle qui a également rejoint la collection du MIM au numéro d’inventaire HB0062.

Il continuera de produire des vielles à roue en les perfectionnant ainsi que d’autres instruments de musique. Il produira un grand nombre d’épinettes appelées dans nos contrées « bûche » à cause de leur forme droite. C’est un instrument simple à cordes pincées. Il construira également des orgues de barbarie  (appelée « cove-à-flûtes » en Wallon), des violons sabots et d’autres percussions.

En janvier 2012, dans un dossier à propos de la musique traditionnelle en Wallonie pour le magazine français « Trad Mag », Claude Ribouillault consacrait une page en hommage à Jacques Fettweis. Voici ce qu’il écrivait :

Jacques Fettweis, décédé le 5 décembre 1991, est bien inclassable. Tout son travail présente une unité de style troublante, ses personnages nous parlent. Par son point de vue sur la richesse des traditions, il reste aussi un modèle d’indépendance d’esprit et de créativité, un farceur sérieux, souvent impénétrable, un poète secret.

 

 

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